Libérer la parole
Après l’excellent « Marco », l’agréable « Les Musiciens » et le tortueux « Mexico 86 », le public des Rencontres du Cinéma était invité à découvrir « TKT » (T’inquiète) de Solange Cicurel, film belge déjà exploité en Belgique depuis octobre 2024. Oréolé d’un énorme succès dans son pays d’origine, le film va être mis à disposition des établissements scolaires français accompagné d’un dossier pédagogique et d’une capsule vidéo de 7 minutes. Il sera par la suite projeté en salle de cinéma courant septembre.
Solange Cicurel l’a annoncé lors de son arrivée sur la scène du casino de Gérardmer : plus qu’un film, « TKT » est pour elle un combat et elle invite celles et ceux qui le souhaitent à la rejoindre dans cette lutte : « Il y a quelques années, ma fille, alors âgée de 15 ans, a été victime de harcèlement, et un peu plus tard, j’ai également appris qu’une fille de 14 ans et demi s’était suicidée suite à du harcèlement… » Deux événements bouleversants pour la réalisatrice qui a ensuite été approchée par l’auteure Elena Tenace qui lui a présenté son livre qui traite du harcèlement scolaire. Intitulé « Tout ira bien », cet ouvrage constituera l’inspiration de base du film de Solange Cicurel : « Mais je ne l’ai lu qu’une fois, je ne l’ai pas décortiqué comme on fait très souvent, car je voulais créer ma propre histoire. En revanche, j’ai gardé ce concept de fantôme de la victime, du personnage principal qui grâce au toucher, peu basculer d’un endroit à un autre, à travers l’espace et le temps, pour enquêter sur ce qui lui est arrivé. Cela permet à l’héroïne de prendre du recul également, d’avoir une analyse, un regard différent sur ce qui lui est arrivé, de comprendre et d’aider le spectateur à comprendre » précise la réalisatrice.
Lanna De Palmaert : la révélation de « TKT, dernier film d’Émilie Dequenne
Solange Cicurel s’est ensuite entretenue avec de nombreux jeunes afin de recueillir leurs témoignages, au gré des rencontres, des opportunités qui se sont présentées à elle, par le biais de sa fille ou de parents d’élèves par exemple : « J’ai été avocate spécialisée dans le droit des étrangers et des personnes malades mentales, j’ai l’habitude des entretiens et j’ai été bercée par des histoires singulières. Tout est vrai dans le film, tout est arrivé, mais pas à la même personne. C’est un récit à tiroirs, car c’est un peu comme ça que les jeunes procèdent au quotidien ». On notera que c’est également par le biais de sa fille que la réalisatrice rencontrera Lanna de Palmaert, actrice principale de « TKT » : « C’est ma fille qui me l’a recommandée. Elle m’a dit : « Emma, c’est elle, cherche pas ! Nous avons auditionné 60 jeunes, mais c’est effectivement elle que nous avons gardée. Elle n’avait pourtant pris que quelques cours de théâtre et joué dans des pièces avec son lycée ! (..) Elle est parfaite dans le rôle, et je ne voulais pas une héroïne qui soit une oie blanche, je voulais sortir des caricatures des jeunes qui se font harceler, discrets, introvertis, qui ont des problèmes à la maison, pour montrer que cela peut vraiment arriver à tout le monde, mais que rien ne mérite qu’on soit harcelé(e) ».
Ne jamais juger
Le pari était osé, mais il est gagné haut la main par la jeune actrice, parfaitement entourée par un casting judicieux avec d’autres jeunes plus que crédibles et des parents incarnés par Stéphane de Groodt et Émilie Duquenne, véritable soleil sur le plateau dont il s’agit là du dernier rôle. Le film s’appelle TKT, ou T’inquiète, parce que c’est ce que les jeunes disent tout le temps à leurs parents. Les jeunes nous protègent d’une certaine manière, mais on aimerait qu’ils nous parlent pour qu’on puisse les protéger ». Car le film a entre autres pour objectif de libérer la parole : celle des harcelés, des harceleurs, des parents, des profs, et de mettre en lumière le rôle et le pouvoir extrêmement important des témoins. Et il faut faire vite, car, comme le rappelle Solange Cicurel, « nous n’avons pas mesuré la portée des réseaux sociaux », et plus globalement les dégâts causés par le harcèlement, ou de savoir que son enfant est harcelé ou harceleur. Et de conclure : « Le plus important est de ne jamais juger, d’être à l’écoute, dans l’empathie avec les enfants ».
Accéder au contenu pédagogique autour du film : https://www.tkt-seancesscolaires.fr/
Numéro d’urgence pour faire retirer tout contenu pouvant entrainer du harcèlement et/ou violant l’intimité : composer le 3018 – numéro national contre les violences numériques
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