Une page importante de la vie institutionnelle spinalienne s’est tournée lundi soir. Réuni le 26 janvier, le conseil communautaire de la Communauté d’agglomération d’Épinal a tenu une séance pas comme les autres : la dernière du mandat en cours et, surtout, l’ultime réunion présidée par Michel Heinrich, qui a choisi de se retirer de la vie publique à l’approche de ses 80 ans. À l’issue des débats, l’assemblée s’est levée pour lui rendre hommage, saluant plus de quatre décennies d’engagement politique.
Au cœur de cette réunion figurait le vote du budget primitif 2026, un document stratégique pensé comme un outil de transition. Ce choix inhabituel de voter le budget avant les élections communautaires d’avril vise à offrir à la future majorité les moyens d’agir sans délai dès son installation. Une vingtaine de délibérations figuraient à l’ordre du jour, mais toutes les attentions étaient tournées vers ce dernier budget porté par Michel Heinrich.
Dans un contexte marqué par de fortes incertitudes financières et institutionnelles, l’exécutif a fait le pari de l’anticipation. Le Président a expliqué que ce budget avait été volontairement construit avec des marges de sécurité, permettant des ajustements ultérieurs. L’objectif : éviter à la prochaine équipe d’avoir à élaborer un budget dans l’urgence tout en lui laissant une réelle liberté d’action.
Malgré un environnement contraint, les grands équilibres financiers de l’agglomération sont préservés. Les dépenses de fonctionnement atteignent 96,3 millions d’euros, incluant la constitution d’une réserve d’un million d’euros et un transfert significatif vers l’investissement, à hauteur de 6,5 millions. Cette stabilité repose notamment sur une politique de maîtrise des charges, avec une baisse moyenne des dépenses courantes de 2 % et un effort poursuivi sur la masse salariale, en recul d’environ 1 % à périmètre constant.
Cette gestion prudente porte ses fruits. La situation financière de la collectivité affiche des indicateurs jugés solides, avec un résultat 2025 attendu au-delà de 4 millions d’euros et un niveau d’endettement maîtrisé. La capacité de désendettement se situe largement sous le seuil d’alerte, traduisant une santé financière que Michel Heinrich a tenu à souligner comme un héritage laissé à ses successeurs.
Côté investissements, le budget 2026 prévoit dès son adoption plus de 6 millions d’euros de nouveaux projets, auxquels s’ajoutent un million d’euros de fonds de concours et près de 3 millions mis en réserve. Ces enveloppes permettront au futur exécutif de lancer rapidement de nouvelles opérations, avec plus de 6 millions d’euros mobilisables à court terme.
Les projets programmés couvrent l’ensemble des champs de compétences de l’agglomération : transition énergétique, équipements sportifs et culturels, entretien du patrimoine, services à la petite enfance, tourisme, habitat, développement économique, environnement et enseignement supérieur.
Cette dernière séance a également été l’occasion de dresser le bilan d’un mandat particulièrement éprouvant. Crise sanitaire, conséquences économiques du conflit en Ukraine, décisions budgétaires nationales défavorables aux collectivités : autant de facteurs qui ont pesé lourdement sur l’action publique locale, avec un impact estimé à plus de 11 millions d’euros pour l’agglomération.
Malgré cela, les investissements n’ont jamais été stoppés. Sur l’ensemble du mandat, plus de 150 millions d’euros ont été engagés, tous budgets confondus, tout en maintenant et en développant les services proposés aux habitants.
L’action communautaire s’est traduite par une structuration renforcée de l’intercommunalité et le déploiement de nouvelles offres sur l’ensemble du territoire. Parmi les avancées majeures figurent la montée en puissance du service eau et assainissement, l’élargissement des politiques de mobilité, la mise en réseau des équipements de lecture publique, le développement culturel en milieu rural, le renforcement de l’accueil de la petite enfance et un accompagnement accru des communes grâce à l’assistance à maîtrise d’ouvrage.
Le mandat restera également marqué par plusieurs réalisations emblématiques : l’Hôtel Innovation Bois, le stade d’eaux vives, la modernisation ou la création d’équipements sportifs, la médiathèque de Golbey, l’extension de la crèche Premiers Pas, la Maison de l’Habitat et du Territoire, la rénovation de la faculté de droit, le développement des bases de loisirs, de nombreux chantiers liés à l’eau et à l’assainissement, ainsi que la construction du nouvel auditorium de la Louvière.
Sur le plan économique, l’agglomération a poursuivi une stratégie volontariste en faveur de l’attractivité et des transitions. Près de deux milliards d’euros d’investissements privés sont aujourd’hui envisagés sur le territoire, avec à la clé plusieurs centaines de créations d’emplois attendues. Les enjeux environnementaux ont également occupé une place centrale, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, de l’habitat durable, de la gestion de l’eau ou de l’économie circulaire, des efforts récemment récompensés par l’obtention du label « Territoire engagé pour la transition écologique ».
En conclusion, Michel Heinrich a insisté sur la vocation de ce budget : assurer la continuité tout en préparant le passage de relais. Construit avec prudence, il intègre les hypothèses les plus défavorables liées à une loi de finances 2026 encore incertaine, anticipant notamment une baisse des dotations et des recettes, pour un impact potentiel estimé à 3 millions d’euros.
La séance s’est achevée sur un hommage appuyé, porté par le premier vice-président Roger Alémani, puis relayé par l’ensemble des élus et du public. Debout, l’assemblée a longuement applaudi celui qui, après 43 années de mandats, a présidé son dernier conseil communautaire, quittant la scène politique avec le sentiment du travail accompli.




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