La ville d’Épinal s’apprête à écrire une nouvelle page de son travail de mémoire. Après une première vague d’installations à l’automne dernier, dix nouvelles Stolpersteine — ces pavés commémoratifs scellés dans les trottoirs — seront posées en mai prochain pour honorer des habitants spinaliens disparus dans la tourmente nazie.
Un hommage discret mais puissant
Le 1er septembre dernier, dix de ces pierres de mémoire ont été intégrées au sol, devant les derniers domiciles connus de femmes et d’hommes arrêtés puis déportés. Leur point commun : leurs noms ne figurent sur aucun monument public de la ville.
Nées en Allemagne, les Stolpersteine — littéralement « pierres sur lesquelles on trébuche » — invitent le passant à s’arrêter, à lire, à se souvenir. Chaque pavé rend hommage, de manière individuelle, à une victime du nazisme : personnes juives, résistants, Roms et Sintés, opposants politiques, personnes handicapées, homosexuels ou encore croyants persécutés. Posées au plus près des lieux de vie, elles redonnent une identité et une histoire à celles et ceux que la barbarie a voulu effacer.
Parmi les premiers noms honorés figurent notamment Szlama Rozenberg, Paul Glicenstein et Cyrla Baron, Yvonne Judas, Ida Willard, Margot Wolff, Hinda Rotenberg et ses enfants, ainsi que Marie-Antoinette Gout, résistante reconnue Juste parmi les Nations.
Dix nouveaux noms en mai 2026
Au printemps 2026, dix autres pavés viendront compléter ce parcours mémoriel. Ils rappelleront le destin de Joseph Salmon Lévy, de la famille Blitz, d’Estera Silska épouse Abramowicz, de Maurice Perkal et de la famille Herbstmann.
Derrière cette initiative, un collectif mobilisé autour de l’historien Alexandre Laumond, accompagné d’enseignants et d’élèves des lycées Louis-Lapicque et Claude-Gellée à Épinal, ainsi que du lycée Jean-Baptiste-Vuillaume à Mirecourt. Les lycéens ont mené un important travail de recherche pour reconstituer les biographies des victimes.
Ces récits ont ensuite été enregistrés en français et en allemand avec l’aide de la metteuse en scène Amélie Armao. Grâce à un QR code apposé à proximité des pavés, chacun pourra écouter ces portraits et découvrir les trajectoires singulières de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants.
Le projet bénéficie du soutien de l’association Stolpersteine Lorraine et de la municipalité d’Épinal, partenaires essentiels de cette démarche citoyenne.
Un financement participatif relancé
Reste un défi de taille : le financement. Ni la fabrication des pavés ni l’enregistrement des biographies ne font l’objet de subventions publiques. La première série installée en 2025 a pu voir le jour grâce à la générosité d’une cinquantaine de donateurs.
Pour permettre la pose des nouvelles pierres en mai prochain, une campagne de financement participatif est relancée sur la plateforme Ulule. Chaque contribution permettra de poursuivre ce travail de mémoire et d’ancrer durablement ces noms dans l’espace public.
Renseignements et dons : https://fr.ulule.com/pierres-de-memoire-redonner-une-place/

0 commentaire