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vendredi 18 septembre

Tribune : suspension des translocations du grand tétras dans les Vosges – des scientifiques prennent la parole

Communiqué

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« Mme la Ministre de la transition écologique vient de suspendre le programme de translocation de grand tétras de la Norvège vers les Vosges porté par le PNR des Ballons des Vosges. Ce programme visait à restaurer une population qui n’avait cessé de décroître depuis les années 1930 et était près de s’éteindre. Il était prévu sur une durée de 15 ans, ce qui est une durée appropriée à un projet de cette nature.

Nous (7 biologistes de la faune sauvages) lui avons envoyé un argumentaire scientifique basé sur un nombre considérable de publications scientifiques pour lui exprimer notre désaccord. Nous démontrons que les 3 facteurs les plus souvent évoqués pour expliquer cette quasi extinction ne l’expliquent pas à elles seules, et qu’elles ne sont pas rédhibitoires au retour de cet oiseau.

1-Le changement climatique : il n’est que marginalement en cause dans la régression des tétraonidés (oiseaux de la famille du grand tétras, oiseaux plutôt associés aux climats froids) dans la littérature scientifique, au contraire de la qualité et la quantité de leurs habitats. Il existe des populations de grand tétras dans des contrées nettement plus méridionales que les Vosges dont certaines en bonne santé (nord-est de l’Italie, Monténégro…). D’autres espèces d’oiseaux d’affinité boréale progressent aussi vers le sud, y compris la gélinotte des bois, une proche cousine du grand tétras. Enfin, la présence de neige en hiver est favorable, mais non indispensable.

2-Les habitats de l’espèce se sont beaucoup dégradés dans les Vosges au 20° siècle. Cependant, les efforts du Groupe Tétras Vosges et des gestionnaires locaux (ONF, PNRBV…) ont toutefois réussi à stopper cette tendance. En outre, les forts dépérissements forestiers dus à la chaleur qui affectent les forêts d’épicéas pourraient constituer une opportunité par une diversification forestière, à l’instar de ce qui s’est passé dans les parcs nationaux de Bavières et de Sumava (république Tchèque) où, à des latitudes comparables au Vosges, les populations ont augmentées.

3-La pression touristique, considérée comme incompatible : Même si la crainte des humains est un facteur déterminant chez des espèces ayant été soumises à la chasse sur de très nombreuses générations, des nuances s’imposent. En l’absence de chasse, des ajustements comportementaux peuvent s’opérer. Dans les Pyrénées où le grand tétras est étudié depuis plus de 40 ans, sa distance de fuite est inférieure dans les réserves de chasse que dans les terrains chassés. Dans ces montagnes on peut maintenir le grand tétras malgré une forte pression touristique dans les stations de ski, secteurs de tourisme de masse été comme hiver. Cela constitue une forme d’adaptabilité à la pression humaine. Cette coexistence est donc possible mais nécessite que les flux touristiques soient canalisés de sorte à préserver des zones de quiétude. Dans les Vosges, de tels efforts ont bien été initiés et promus de manière remarquable par les acteurs locaux. Ils ont abouti à la création de réserves naturelles et d’espaces à statut spécifiques sur une partie des habitats historiques du grand tétras, où la canalisation des randonneurs est effective.

Par contre, on n’a pas pris en compte dans les Vosges 3 facteurs qui ont certainement largement contribués à la quasi extinction mais sur lesquels on peut agir:

-L’importance de l’état génétique de la population vosgienne de grand tétras n’a attiré l’attention que tardivement. Une étude sur ce sujet fut commanditée par le GTV à l’Université de Fribourg. Rendue publique en 2015, cette étude montrait que la population souffrait d’un appauvrissement génétique sérieux ce qui est connu pour entrainer chez les oiseaux des problèmes de fécondité et probablement de survie. Les auteurs de l’étude suggérèrent d’introduire comme donneurs de gènes extérieurs quelques oiseaux issus d’autres populations pour corriger ce problème. Le projet dont il est question ici permettrait de repartir avec des oiseaux sains et diversifiés au plan génétique.

– La prédation par les prédateurs de taille moyenne est la première cause naturelle de disparition de pontes et de mortalité du grand tétras. S’il s’agit donc d’un phénomène naturel, plusieurs travaux scientifiques suggèrent que cette pression a récemment augmenté en Europe, en l’absence de populations suffisantes de grands prédateurs et sous l’influence de changements environnementaux. C’est un facteur à prendre en considération y compris dans ses dimensions éthiques. Des solutions existent pour réduire cet impact, y compris de façon non léthale, comme cela a été mis en œuvre par d’autres pays concernés par la conservation du grand tétras.

-Les mortalités par collision de câbles aériens et d’infrastructures : L’OFB a mis en évidence que la mortalité des tétraonidés par collision de câbles aériens et de clôtures forestières et pastorales avait un impact négatif sur la dynamique des populations de galliformes de montagne. Ce facteur a été ignoré dans les Vosges, mais il est relativement aisé d’y remédier par enlèvement ou visualisation des infrastructures dangereuses.

L’abandon du projet menace le rôle qu’a joué le Grand tétras dans la restauration de la forêt vosgienne et de sa diversité. Sa valeur d’espèce porte-étendard en fait un élément fort du bestiaire culturel des montagnards. Aucune espèce des montagnes françaises n’est un si bon ambassadeur de la biodiversité montagnarde auprès des habitants et des acteurs locaux.

Alors que les oiseaux suivis par GPS n’ont pas montré de comportements anormaux ni de mortalité anormale durant l’été très chaud 2026, et que l’on a sur le terrain un effectif de l’ordre de 20 oiseaux dont 4 jeunes issus d’une poule introduite en 2023, soit l’effectif de 2020, il serait fort dommage de ne pas mener ce programme à son terme ».

 

Une lettre adressée à Mme la Ministre de la transition écologique : lettre à Mme la Ministre-arret des translocations grand tétras

 

Emmanuel Ménoni. Retraité de l’OFB. Spécialiste du grand tétras pour l’OFB durant 40 ans. Auteur de nombreuses publications scientifiques sur cette espèce, dont une monographie. Correspondant pour la France du Groupe de Spécialistes des Tétraonidés de l’UICN. Membre du CSRPN Occitanie. Fortement impliqué dans la rédaction de la Stratégie Nationale pour le Grand Tétras et sa mise en œuvre puis du plan d’action en cours de rédaction.

 

Jean-Jacques Pfeffer.

Fondateur du Groupe Tétras Vosges. Correspondant pour la France du Groupe de Spécialistes des Tétraonidés de l’UICN.

Gilles Rayé. Ancien chef de mission biodiversité et services écosystémiques au CGDD, porteur de l’initiative de la réintroduction du grand tétras dans les Alpes

Claude Novoa. Retraité de l’OFB Ex-Chargé d’études sur les Galliformes de Montagne à l’ONCFS (OFB). Correspondant pour la France du Groupe de Spécialistes des Tétraonidés de l’UICN.

Bernard Leclercq. Titulaire d’un doctorat d’état sur le grand tétras. Fondateur du Groupe tétras Jura. Co-auteur avec Emmanuel Ménoni d’une monographie sur le grand tétras.

Gwenaël jacob. Généticien à l’Université de Fribourg. Spécialiste de la génétique des populations, en particulier des tétraonidés. Auteur de plusieurs études sur le grand tétras, dont une sur la population vosgienne.

Ariane Bernard-Laurent. Retraitée de l’OFB. Ex-Chargé d’études sur les Galliformes de Montagne à l’ONCFS (OFB). Correspondant pour la France du Groupe de Spécialistes des Tétraonidés de l’UICN.

 

Gwenaël Jacob : Chercheur à l’Université de Fribourg (Suisse) spécialisé sur le suivi d’espèces discrètes et la mise en œuvre de plan de gestion pour les petites populations, fondateur de la société AST’ORNIS Sàrl spécialisé dans l’étude de la diversité génétique et l’identification individuelle chez les Galliformes

grands tétras

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