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vendredi 20 février

Apprentissage dans l’artisanat : un modèle fragilisé ?

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crédit photo : @cmagrandest

Les Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) montent au créneau. Dans une lettre ouverte adressée au Gouvernement, le réseau consulaire alerte sur une situation qu’il juge préoccupante : l’apprentissage dans l’artisanat serait aujourd’hui menacé par une diminution progressive des soutiens publics et par l’absence de revalorisation des coûts de formation dans le budget 2026.

Des ressources en forte contraction

Selon les CMA, les centres de formation d’apprentis (CFA) du réseau ont déjà subi en 2025 une baisse estimée à près de 30 millions d’euros de leurs ressources, conséquence des révisions successives des niveaux de prise en charge (NPEC). À cette contraction budgétaire s’ajoute la réduction de la prime annuelle accordée aux maîtres d’apprentissage pour l’embauche d’un jeune.

Pour les responsables consulaires, ces décisions fragilisent un modèle historiquement fondé sur la proximité, l’accompagnement individualisé et l’excellence technique. Chaque année, plus de 110 000 apprentis sont formés dans les CFA des CMA, dont 90 % préparent un diplôme de niveau Bac ou infra-Bac — des formations qui, selon de nombreux rapports, offrent les meilleurs taux d’insertion professionnelle.

Un équilibre rompu depuis la réforme de 2018

Les CMA rappellent avoir soutenu la réforme de l’apprentissage engagée en 2018, qui visait à moderniser la gouvernance et à démocratiser l’accès à cette voie de formation. Sur le plan quantitatif, la stratégie a porté ses fruits : les effectifs ont fortement progressé, notamment dans l’enseignement supérieur.

Mais dès 2022, le réseau alertait sur les risques d’un pilotage financier insuffisamment régulé. L’arrivée massive de nouveaux opérateurs, la concentration des financements sur certains niveaux de formation et la baisse progressive des NPEC auraient, selon les CMA, déséquilibré le système. Résultat : une diminution moyenne de 8 % des moyens consacrés au fonctionnement des formations, avec des conséquences directes sur la viabilité économique de certains CFA.

Des fermetures redoutées dès la rentrée 2026

Sur le terrain, plusieurs chambres ont déjà été contraintes de geler ou de fermer des sections dès 2024, une tendance amplifiée en 2025. Pour 2026, les perspectives sont jugées critiques.

Les formations les plus exposées seraient :

  • les sections à faibles effectifs mais essentielles à la vie économique locale ;

  • les métiers artisanaux en tension ;

  • les formations implantées en zones rurales ou périurbaines, où l’offre alternative est limitée ;

  • les cursus nécessitant des plateaux techniques coûteux.

La baisse des effectifs d’apprentis — estimée à environ 6 %, une première depuis 2013 — alimente la crainte d’un cercle vicieux : moins de financements entraînant des fermetures, lesquelles provoquent à leur tour une diminution du nombre d’inscrits.

Un enjeu économique et territorial

Au-delà des chiffres, les CMA soulignent l’impact potentiel sur le renouvellement des savoir-faire et sur l’économie de proximité. L’apprentissage constitue la principale voie d’accès aux métiers artisanaux. Chaque section supprimée représente, selon elles, une perte de compétences pour les territoires et un affaiblissement durable du tissu économique local.

Le réseau consulaire appelle donc à un pilotage stratégique du financement de l’apprentissage, prenant en compte les besoins économiques réels, les coûts effectifs des formations et les impératifs d’insertion professionnelle. Il demande également une révision des niveaux de prise en charge, en priorité pour les formations de niveau Bac et infra-Bac.

Pour les Chambres de Métiers et de l’Artisanat, l’enjeu dépasse la seule question budgétaire : il s’agit de préserver un modèle de formation qui a longtemps fait ses preuves et qui demeure, selon elles, l’ADN même de l’artisanat français.

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