Dimanche 3 Mai, 6h30, Le réveil sonne. Premières lueurs du jour, pourtant, certains n’ont pas dormi, n’ont pas pu dormir.
Trois ans qu’ils attendent ce moment. L’aboutissement de mois de formation, un final qui va les emmener haut, très haut.
Bus chargés, matériels checkés…
En route, direction Vallorcine, commune frontalière entre France et Suisse, en amont de Chamonix. Grâce Bedez (professeur d’EPS) ouvre la route.
Mickaël Darquy, guide de haute montagne, se projette, avec en tête, un ensemble de possibilités qui vont emmener les élèves de la classe montagne du lycée la Haie Griselle de Gérardmer, sur des sentiers inconnus, des domaines et territoires dont ils rêvent depuis leur entrée en classe de seconde.
Trois années :
Un projet long, qui va trouver sa concrétisation au cours d’une semaine en totale immersion dans un milieu hors normes, riche de pratiques, d’émerveillements, mais également de réflexions profondes : celui de la montagne, de la haute montagne.
RÉVISION de TECHNIQUES
Dans un cursus qui les aura amenés durant 3 ans à voler en solo en parapente, à arpenter les sentiers en VTT, trail, course d’orientation, les élèves reprennent et automatisent leurs gammes d’encordement, de manipulation, de techniques spécifiques d’évolution et de secours.
Les premières sorties s’effectuent en grandes voies d’escalade, sur des longueurs de 100 mètres sur les hauts de la vallée.
Puis, surplombant Passy, face à St Gervais et Megève, le groupe s’engage sur une via ferrata qui va les amener à évoluer sous le pilier sud de Platé, à 2000 mètres face au massif du Mont Blanc.
2 heures à arpenter un environnement qu’ils commencent à décrypter, à comprendre et apprivoiser.
DES GLACIERS et DES HISTOIRES…
Les roches parlent, sont des marqueurs du temps qui passe, d’évènements et d’histoires qui nous précèdent de quelques milliers, quelques millions d’années…
Ces élèves ont appris ces phénomènes en classe.
L’observation et l’immersion au milieu de ces parois polies par les avancées glacières, rendues visibles par la fonte dramatique de glaciers qui ne cessent de reculer, donnent vie et vont marquer très profondément ces élèves dans les jours qui vont suivre.
Arpenter la mer de glace et observer le gigantisme des effets d’une évolution climatique et de forces immenses entre roche et eau les plongent au coeur de connaissances et de réflexions abordées depuis des mois. Entre géologie, histoire, culture et révélations, c’est une 3ème journée passée entre Grandes Jorasses, pilier des Drus et aiguille Verte, sommets mythiques au milieu desquels vient se glisser humblement le groupe.
HUMILITE
Guide de haute-montagne mais également gendarme en PGHM depuis plus de 25 ans, Mickaël Darquy ouvre depuis des années, les portes d’institutions chamoniardes à ces élèves assoiffés de connaissances et de savoirs.
PGHM, maison des guides, OHM, histoires et origines de métiers, de conquêtes… Il relate et ouvre l’histoire d’une vallée qui rayonne aujourd’hui dans le monde entier.
ENGAGEMENT et SECURITE
Jour 4 : ces élèves, sportifs accomplis, aux qualités et capacités physiques importantes, vont être amenés à s’exprimer dans un environnement très engagé.
La découverte grandeur nature de crevasses, de rimayes, vont les amener à mettre en oeuvre des techniques d’évolution, d’observation, une attention toute particulière sur des itinéraires jalonnés par des difficultés qu’ils vont devoir prendre en compte, pour avancer et s’enfoncer au coeur de ces géantes blanches.
Remonter sur corde fixe, enrayer la chute d’un partenaire dans une crevasse, initiation à l’évolution en crampon-piolet… Au-delà de manipulations, il s’agit de percevoir, de se confronter ensemble, de créer une confiance très profonde et particulière dans un milieu plus ou moins connu, incertain. Lorsque prise en compte de l’autre et entente collective deviennent des fondamentaux, des bases d’expériences qui vont changer leur vie…
ÉLÉVATION
8 Mai
Dernier jour… Déjà…
Mais un dernier cadeau les attend.
Le ciel s’ouvre, laissant l’accès à l’aiguille du midi. 3842 mètres.
L’oxygène se fait tout à coup moins dense, plus rare. Les respirations s’accélèrent.
Mais l’hypoxie n’est pas la seule responsable. Devant eux, l’arrête du midi : ce passage obligé qui ouvre les portes de la haute-montagne, un passage de 300m de longueur, pour seulement quelques dizaines de centimètres de largeur, bordé de part et d’autre de faces surplombantes de 1000 mètres les à pic de la face nord.
Le silence se fait : une concentration extrême unit alors un groupe où élèves et professeurs n’existent plus… Deux cordées avancent, s’élancent…
30 minutes plus tard, c’est au pied de la face sud de l’aiguille que les élèves s’émerveillent enfin, devant un spectacle extraordinaire : sur les traces de Gaston Rébuffat, devant le triangle du Tacul, porte d’entrée vers le plus haut sommet de l’arc alpin. Le Mont Blanc les surplombe, du haut de ses 4810 mètres, à la fois si proche, et si inaccessible.
TRANSMISSION
L’heure du retour dans le monde d’en bas.
Ces filles et garçons ont vécu des expériences qui les marqueront à vie. Que ce soit dans le cadre de leurs orientations, de leurs passions, de leurs professions à venir, ces élèves sont riches de révélations, de réflexions, de questions et de savoirs qu’ils sont aujourd’hui prêts à transmettre, à partager avec leurs parents, leurs familles, leurs amis.
Ils vont se concentrer sur leurs épreuves de bac dans les jours et semaines à venir, avec en point de mire, la finalisation de leurs études secondaires.
Et déjà, des idées de voyages, des aspirations d’évasions, d’explorations, de départs, de nouveaux départs.
Bon vent à eux, merci pour ces partages, pour ces 3 années, ces moments privilégiés…
Longue vie à cette cordée de petites étoiles
Texte et photos : Nicolas Aubin
Installation du nouveau comité de direction de l’OT Gérardmer Hautes Vosges |










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