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jeudi 29 janvier

Vosges : le dernier Grand Tétras suivi par GPS est mort, symbole d’un échec annoncé de la réintroduction

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Le dernier Grand Tétras réintroduit dans le massif des Vosges et encore équipé d’une balise de suivi électronique est mort au début du mois. L’information a été confirmée par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV), qui évoque une mort « par prédation ». Cette disparition marque un tournant symbolique : désormais, plus aucun oiseau issu du programme de réintroduction n’est suivi par télémétrie.

L’oiseau, un coq originaire de Norvège, faisait partie des individus relâchés en avril 2025 sur le massif du Grand Ventron, dans le cadre du programme porté par le PNRBV. Il s’agissait du dernier Grand Tétras issu de ce plan encore vivant et équipé d’un dispositif de suivi combinant GPS et accéléromètre. Selon le collectif d’opposants SOS Massif des Vosges, il était également le dernier individu encore suivi électroniquement.

Dans un communiqué publié sur son site internet, le parc reconnaît que « cette nouvelle mortalité confirme le fort impact de la prédation sur la mortalité des oiseaux ». Lors des recherches menées après la perte du signal, un autre coq a toutefois été aperçu vivant. Relâché en avril 2024, celui-ci n’est plus suivi par télémétrie, sa balise GPS ayant cessé d’émettre.

Une population résiduelle très incertaine

D’après les estimations actuelles du PNRBV, la population de Grand Tétras dans le massif des Vosges serait désormais comprise entre cinq et six individus : « un à deux coqs et une poule issus des réintroductions, ainsi que trois poules autochtones encore présentes ».

Des chiffres vivement contestés par les membres du collectif SOS Massif des Vosges.

Pour les associations opposées au programme, cette dernière mortalité s’inscrit dans une série d’échecs qu’elles jugent largement sous-estimés, voire passés sous silence, par la communication institutionnelle.

Avec la mort de ce dernier individu équipé, tous les oiseaux suivis électroniquement dans le cadre du programme de réintroduction sont désormais décédés. Une situation qui relance le débat sur la pertinence de poursuivre des lâchers dans un massif où le Grand Tétras, espèce emblématique des forêts de montagne, semble ne plus trouver les conditions nécessaires à sa survie.

2 commentaires

  • Avatar du commentaire numéro 21007

    DEMANGEOT Jean-Luc

    Ça va encore durer combien de temps ce massacre, ce carnage ?
    Ouvrez les yeux Messieurs les promoteurs de cette idée folle !!!

  • Avatar du commentaire numéro 21220

    roger froissard

    Ce dossier est devenu « empoisonnant » parce qu’il concentre **à la fois un échec écologique, une controverse scientifique et un malaise politique**, sans que ces dimensions aient été réellement traitées ensemble. On peut en tirer plusieurs enseignements, avec un regard à la fois factuel et stratégique.

    1. Sur le fond écologique : un constat désormais difficilement contestable

    La situation actuelle du Grand Tétras dans les Vosges montre que :

    * **La réintroduction n’a pas permis de recréer une population viable**
    Après plusieurs années de lâchers, on en est à une poignée d’individus, sans suivi actif et sans garantie de reproduction.

    * **La prédation n’est pas un “accident” mais un facteur structurel**
    Quand la mortalité par prédation devient la cause dominante, cela signifie que le milieu **n’est plus fonctionnel** pour l’espèce, indépendamment de la qualité génétique ou sanitaire des oiseaux relâchés.

    * **La télémétrie, censée objectiver le succès du programme, se retourne contre lui**
    Le fait que *tous* les oiseaux équipés soient morts donne un signal extrêmement fort, même si scientifiquement on peut discuter des biais d’échantillonnage.

    👉 Sur le plan écologique strict, **le programme n’est plus défendable tel quel**. Continuer les lâchers sans changement majeur relèverait davantage de l’acharnement que de la conservation.

    2. Sur le plan scientifique : un désaccord devenu politique

    Il y a désormais deux récits concurrents :

    * **Celui du PNRBV**, prudent, qui parle de population « résiduelle », de facteurs multiples, et maintient l’idée d’un possible sursaut.
    * **Celui des opposants**, qui parlent d’échec avéré, de chiffres minimisés et d’un déni institutionnel.

    Le problème n’est pas tant le désaccord que le fait que :

    * les **incertitudes ne sont pas assumées publiquement**,
    * les **résultats négatifs ne donnent pas lieu à une remise à plat visible** du programme.

    Résultat :
    👉 **la science n’arbitre plus**, c’est la communication qui prend le relais. Et à partir de là, le dossier devient toxique.

    3. Sur le plan institutionnel : un symbole qui se retourne

    Le Grand Tétras était :

    * un **symbole de naturalité du massif**,
    * un **marqueur de volontarisme écologique**,
    * un projet fédérateur sur le papier.

    Il est devenu :

    * un **symbole d’échec coûteux**,
    * un **angle d’attaque pour les oppositions**,
    * un **risque réputationnel** pour les institutions porteuses.

    Chaque nouvelle mortalité n’est plus un fait biologique :
    👉 c’est un **événement politique et médiatique**.

    4. Pourquoi ce dossier “empoisonne”

    Parce qu’il coche toutes les cases du dossier à risque :

    * émotionnel (espèce emblématique),
    * technique (expertises contradictoires),
    * financier (fonds publics),
    * territorial (Vosges, tourisme, forêt, chasse),
    * et désormais **symbolique** (le “dernier” Grand Tétras suivi).

    Et surtout parce qu’il n’y a pas eu de **moment clair de vérité collective**.

    ## 5. Que faudrait-il faire pour sortir de l’impasse (sans posture)

    Trois options existent, mais **une seule est tenable politiquement** :

    ### ❌ Continuer comme avant

    → Alimente la défiance, affaiblit les institutions, prépare un scandale à retardement.

    ### ❌ Enterrer discrètement le programme

    → Accusation de dissimulation, perte de crédibilité durable.

    ### ✅ Assumer un changement de paradigme (la seule voie saine)

    Cela passerait par :

    * un **bilan public indépendant** (pas seulement interne),
    * la reconnaissance explicite que **la réintroduction n’est plus prioritaire** dans l’état actuel du massif,
    * un basculement vers :

    * la **préservation des derniers habitats**,
    * la **réduction des pressions humaines**,
    * et éventuellement une mise en veille scientifique, sans nouveaux lâchers.

    👉 Ce n’est pas un renoncement, c’est une **décision mature**.

    En résumé

    Ce dossier n’empoisonne pas parce que le Grand Tétras disparaît —
    il empoisonne parce que **l’échec n’est pas encore pleinement nommé**.

    Or, en matière d’écologie comme d’action publique,
    **ce qui détruit la confiance, ce n’est pas l’échec, c’est le déni**.

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