Pub
S'abonner à la newsletter
Pub

jeudi 02 avril

Grand Tétras 2026 : l’obstination coûteuse d’un projet sans cap clair

Communiqué

2 commentaires

2

Écouter cet article

« L’annonce faite par le Préfet des Vosges confirme ce que nous redoutions : le programme de renforcement du Grand Tétras dans le massif vosgien se poursuivra en 2026.

Il serait même prévu de capturer « plus d’oiseaux qu’en 2025 ». Mais combien exactement ?

Aucun chiffre n’est avancé. Aucune trajectoire démographique n’est précisée. Aucun seuil de viabilité n’est défini.

Nous sommes donc invités à considérer comme un progrès une intention floue, sans indicateur public, sans objectif chiffré, sans bilan consolidé.

Un projet reconnu comme « non probant »… mais reconduit

Le Préfet lui-même admet que le dispositif « n’est pas probant pour le moment ». Autrement dit : les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Pourtant, la réponse institutionnelle n’est pas une pause, encore moins un moratoire. C’est une accélération.

Si huit oiseaux étaient relâchés en 2026, faudrait-il considérer cela comme un succès ? Si la mortalité restait comparable aux campagnes précédentes, parlerait-on encore de « dynamique adaptative » ?

La logique semble désormais inversée : ce n’est plus l’efficacité qui conditionne la poursuite du programme, c’est la poursuite du programme qui tient lieu d’efficacité.

Une fuite en avant budgétaire

Depuis le lancement de l’opération, les coûts cumulés (captures à l’étranger, transport, suivi télémétrique, personnel mobilisé, dispositifs annexes) représentent une dépense publique significative.

Les estimations évoquées ces derniers mois oscillent entre plusieurs centaines de milliers d’euros et plus d’un million d’euros sur deux ans selon les périmètres comptables retenus.

Or, à ce jour :

aucun rapport financier détaillé n’a été rendu public,

aucun bilan coût/efficacité n’a été présenté,

aucun indicateur de réussite à moyen terme n’a été objectivé.

Continuer à engager l’argent public sans démonstration de viabilité écologique relève d’un entêtement, non d’une stratégie.

Un bilan repoussé à 2027 : encore un délai

Un bilan devait être publié fin 2025. On nous annonce désormais un « bilan en 2027 ».

Autrement dit : on prolonge l’expérimentation, on augmente les captures, et l’on renvoie l’évaluation à plus tard.

Mais que se passera-t-il si, en 2027, les résultats restent insuffisants ? Un nouveau délai ? Une nouvelle phase « adaptative » ? Une nouvelle communication ?

Une politique sérieuse de conservation ne peut se fonder sur des reports successifs.

Le problème de fond demeure inchangé

Aucun élément de la communication préfectorale ne répond aux causes structurelles du déclin :

fragmentation et insuffisance des habitats favorables,

dérangement humain chronique, déséquilibres sylvo-cynégétiques, absence de modélisation climatique robuste.

Relâcher davantage d’oiseaux sans traiter ces facteurs revient à multiplier les variables d’un système instable.

La biodiversité ne se décrète pas à coups de transports internationaux. Elle se restaure par la cohérence écologique des milieux.

Notre position

Nous demandons :

La publication immédiate d’un bilan scientifique et financier exhaustif des campagnes 2024 et 2025.

La communication des taux de survie, de reproduction et de dispersion réels.

La suspension de toute nouvelle capture tant que ces données ne sont pas débattues publiquement.

La priorité absolue à la restauration des habitats et à la réduction des dérangements.

Le Grand Tétras mérite mieux qu’un affichage. Il mérite un écosystème fonctionnel.

Persévérer dans un projet reconnu comme incertain, coûteux et non probant n’est pas un acte de courage politique. C’est une obstination.

Et en matière de conservation, l’obstination n’a jamais remplacé la lucidité ».

 

Le 16 février 2026

SOS Massif des Vosges, Oiseaux Nature, Vosges Nature environnement, Avenir et Patrimoine 88, Paysage Nature et Patrimoine de la Montagne Vosgienne, Lorraine Association Nature (LOANA), Association de Secours et de Placement des Animaux Vosges (ASPA Vosges), Biodiversit’Haies 88.

2 commentaires

  • Avatar du commentaire numéro 23753

    Arbal9

    N’est-il pas nécessaire de nourrrir loups et linx ?

  • Avatar du commentaire numéro 23761

    roger froissard

    Grand Tétras : quand l’État persiste dans l’échec écologique et la dépense publique aveugle

    La poursuite annoncée en 2026 du programme de renforcement du Grand Tétras dans le massif vosgien marque une dérive inquiétante de l’action publique en matière de biodiversité.

    L’État reconnaît lui-même que ce dispositif est, à ce stade, « non probant ».
    Cette reconnaissance devrait logiquement conduire à une suspension, à une réévaluation, voire à un changement radical de stratégie.
    Il n’en est rien.

    Au contraire, le programme est reconduit et amplifié.

    Aucun objectif chiffré n’est rendu public.
    Aucune trajectoire démographique n’est définie.
    Aucun seuil de viabilité n’est explicité.
    Aucun indicateur clair ne permet de dire ce qui constituerait un succès ou un échec.

    La poursuite du programme devient ainsi sa propre justification.
    L’action remplace l’évaluation. La communication se substitue aux résultats.

    Cette logique est antiscientifique.

    Depuis son lancement, ce programme mobilise des moyens publics considérables : captures à l’étranger, transports internationaux, suivis télémétriques, personnels spécialisés, dispositifs techniques annexes. Les montants engagés, selon les estimations disponibles, atteignent plusieurs centaines de milliers d’euros, voire davantage.

    Pourtant :

    aucun bilan financier détaillé n’a été rendu public ;

    aucun rapport coût/efficacité n’a été produit ;

    aucun chiffre consolidé sur la survie, la reproduction ou la dispersion des oiseaux relâchés n’a été communiqué.

    Dans tout autre domaine de l’action publique, un programme reconnu comme inefficace, coûteux et non évalué serait interrompu.
    En matière de biodiversité, il est sanctuarisé.

    Plus préoccupant encore, l’évaluation initialement annoncée pour 2025 est désormais repoussée à 2027.
    On prolonge l’expérimentation, on augmente les captures, et l’on renvoie l’analyse à plus tard.

    Ce report n’est pas un détail administratif.
    Il traduit une incapacité à affronter les résultats réels d’une politique publique.

    Car le problème de fond est connu et largement documenté : le déclin du Grand Tétras est d’abord lié à la dégradation et à la fragmentation des habitats, aux dérangements humains chroniques, aux déséquilibres sylvo-cynégétiques et aux effets du changement climatique.

    Relâcher davantage d’oiseaux dans des milieux qui restent défavorables ne sauvera pas l’espèce.
    Cela ne fait qu’augmenter les dépenses et multiplier les échecs.

    La biodiversité ne se restaure pas par des transferts internationaux d’animaux.
    Elle se reconstruit par des écosystèmes fonctionnels, des choix fondés sur des données robustes et une hiérarchisation claire des priorités.

    Nous demandons :

    la publication immédiate d’un bilan scientifique et financier exhaustif des campagnes déjà menées ;

    la transparence totale sur les résultats réels obtenus ;

    la suspension de toute nouvelle capture tant que ces données ne sont pas débattues publiquement ;

    un redéploiement des moyens vers la restauration des habitats et la réduction effective des pressions humaines.

    Persister dans un programme reconnu comme non probant, coûteux et non évalué n’est pas une politique de conservation.
    C’est une dépense publique sans justification écologique.

    En matière de biodiversité comme ailleurs, refuser de tirer les conséquences de l’échec n’est pas du courage politique.
    C’est de l’aveuglement.

Laisser un commentaire