Le groupe interreligieux du pays de Remiremont a tenu hier soir à la grande salle des Grands Jardins à Remiremont sa conférence annuelle dont le thème était « Les idoles d’hier et d’aujourd’hui ».
Pour l’occasion, près de 80 personnes, venues de tous horizons religieux ou non, se sont déplacées pour entendre les représentants des quatre religions monothéistes ainsi qu’une ancienne professeure de philosophie, s’exprimer sur un thème traversant les âges et toujours bien d’actualité
L’ordre d’intervention des invités a été défini en fonction de l’ancienneté des religions.
De fait, c’est le docteur Léon Sibéoni, représentant la communauté juive, qui a commencé la conférence. Il situe le début de son propos à la confection d’un veau d’or en réponse à l’impatience, à la peur du vide, du peuple qui erre dans le désert… Pour conclure sur l’idolâtrie de soi, le narcissisme. Le tout en jalonnant son propos de faits historiques tirés de la Thora et de travers humains au fil des millénaires.
L’abbé Claude Durupt, curé de la paroisse de Remiremont, a débuté son intervention en proposant une définition des idoles, qui sont des images ou des symboles que l’on adore comme Dieu lui-même. Continuant en rappelant que « la Bible est en un sens l’histoire du peuple de Dieu qui s’arrache aux idoles ». S’appuyant sur les écritures, il conduit son auditoire jusqu’à celui qui deviendra saint Paul, « sacrifier aux idoles, c’est sacrifier aux démons ». Il explique aussi que l’idolâtrie est et reste une tentation permanente à combattre. L’abbé Durupt conclut en reprenant un texte du pape François qui disait : « La question que nous devrions nous poser aujourd’hui est la suivante : quelle est l’idole qu’il y a dans ton cœur ? dans mon cœur ?
Pour la communauté musulmane, le docteur Mabrouk Bengrina, avant de passer par le veau d’or, partagé par les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, remonte à il y a 30 000 ans. « Dans les grottes de Lascaux et de Chauvet, nos ancêtres peignaient des animaux sur les parois. Ce n’était pas de l’art pour l’art. C’étaient des rituels, des invocations… ». Sur la fin de son propos, il posera et répondra à la question : « Avons-nous encore des idoles ? La réponse est oui — simplement, elles ont changé de forme ». Enfin, il conclut : « L’Islam apporte à cette question une réponse qui se veut universelle : il n’est de liberté véritable que dans la libération de toutes les idoles. Paradoxalement, c’est la soumission à l’Unique qui affranchit de la servitude à tous les multiples.
Pour terminer, la pasteure de l’Église protestante unie, Sophia Rossi, dès le début de son intervention, explique : « Il y a, depuis le tout début, une attention toute particulière du protestantisme à ne pas tomber dans l’idolâtrie et quand je parle d’idolâtrie, c’est au sens de donner une importance divine à un objet, à une personne ou même à une institution. » Elle reprend ensuite les différentes approches des réformateurs à l’origine du protestantisme. Pour ne prendre que le premier, Martin Luther, qui a écrit : « Ce à quoi tu attaches ton cœur et en quoi tu te confies, voilà en réalité ton Dieu. » Pour conclure sur les idoles modernes qui « ne sont pas simplement dans une représentation de statue, ou de tableau, mais plutôt dans tout ce qui peut remplacer Dieu dans nos vies : l’argent, le succès, l’idéologie politique, … ou même la religion elle-même, si elle devenait, non pas un moyen d’accéder à Dieu, mais une fin ».
La deuxième partie était réservée à l’invitée du groupe, la professeure de philosophie, Gisèle Lorenzetti, dont l’intervention, principalement axée sur les idoles du cinéma et du spectacle. Quelques propos ont retenu l’attention mais ne se veulent pas le reflet d’une très complète et étayée intervention : « Le cinéma a fabriqué des demi-dieux », « Les fans de certains acteurs ou chanteurs érigent des « chapelles » : les clubs », « Le fan est un adorateur de star ».
L’assemblée a été ravie de la qualité des interventions proposées en toute simplicité et parfois avec beaucoup d’humour et des temps de questions et d’échanges qui ont suivi.
PM


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