L’Épiphanie, aussi appelée fête des Rois, est une tradition qui est célébrée dans de nombreuses familles autour de la galette, dans la continuité des festivités de Noël, qui s’ouvrent dès le 6 décembre dans nos régions avec la Saint-Nicolas. Retour sur les origines de l’Épiphanie avec l’association vosgienne, naturaliste et historienne BERIAN.
Une date fixée au 6 janvier, parfois déplacée en France
L’Épiphanie se situe 12 jours après Noël, soit le 6 janvier. En France, elle a été déplacée au premier dimanche qui suit le Nouvel An, à la suite d’un indult papal. Ce report ne s’applique pas partout : en Autriche, l’Épiphanie est un jour férié et reste célébrée le 6 janvier.
Une fête chrétienne, mais des racines plus anciennes
Le terme Épiphanie vient du grec et signifie « avènement ». Dans la tradition chrétienne, il renvoie à la naissance de Jésus et à la venue des trois rois mages. BERIAN rappelle toutefois que cette date s’inscrit aussi dans des traditions plus anciennes. Dans l’Égypte ancienne, le 6 janvier était associé à la renaissance du Soleil et à la future crue du Nil.
À Rome, lors des Saturnales autour du solstice d’hiver, l’ordre établi était inversé avec l’élection d’un roi pour une journée, une pratique rapprochée de la coutume de « tirer les rois » grâce à une fève dissimulée. Plus tard, à l’époque chrétienne, le 28 décembre a été retenu pour célébrer les Saints Innocents, avec, là encore, une inversion symbolique de l’ordre social pendant une journée. Dans l’empire romain, le culte de Mithra était assuré par des mages observant les astres, un héritage qui éclaire la figure des mages mentionnés dans les récits bibliques.
Galette, Soleil et fève : des symboles récurrents
Comme la crêpe à la Chandeleur, la forme ronde et la couleur dorée de la galette renvoient au Soleil. BERIAN rappelle qu’aux siècles passés, la galette a parfois été remplacée par une brioche, elle aussi ronde et dorée. Quant à la fève – au sens de graine – elle est associée à la fécondité et à l’idée d’un renouveau lié au printemps.
Pour aller plus loin avec BERIAN
Site internet : https://berian.jimdosite.com/
Bibliothèque numérique : https://berianasso.wordpress.com/



2 commentaires
roger froissard
Epiphanie héritages païens et traditions vosgiennes et lorraines
🌲 Une fête du cœur de l’hiver dans les Vosges
Dans les Vosges et en Lorraine, l’Épiphanie s’inscrit dans un temps long de fêtes hivernales qui structurait autrefois la vie rurale, entre la Saint-Nicolas (6 décembre), Noël, le Nouvel An et la Chandeleur. Ce cycle correspond à la période la plus sombre de l’année, marquée par le froid, l’enneigement et l’arrêt des travaux agricoles.
Dans les sociétés montagnardes et forestières vosgiennes, l’hiver était perçu comme une période dangereuse, où il fallait protéger la maison, le bétail et les réserves. Les fêtes, les repas collectifs et les rites symboliques participaient à conjurer la pénurie et à maintenir le lien social.
🔥 Le feu, la lumière et le Soleil renaissant
Comme ailleurs en Europe, les traditions lorraines accordaient une grande importance au feu hivernal. Dans certaines vallées vosgiennes, on entretenait des feux domestiques en continu durant les Douze Jours entre Noël et l’Épiphanie, période considérée comme hors du temps.
Ces usages renvoient à d’anciens cultes solaires : à l’Épiphanie, on célébrait symboliquement le retour progressif de la lumière, perceptible dans l’allongement des jours. La galette ronde et dorée, partagée en famille ou entre voisins, s’inscrit dans cette symbolique solaire, tout comme les crêpes de la Chandeleur quelques semaines plus tard.
👑 Tirer les rois en Lorraine : une inversion ritualisée
La coutume de tirer les rois était bien ancrée dans les campagnes lorraines. Le plus jeune de la maisonnée se plaçait sous la table pour attribuer les parts, garantissant l’impartialité du sort. Celui qui trouvait la fève devenait roi ou reine d’un jour.
Dans un monde rural très hiérarchisé, cette élection éphémère rappelait les anciennes fêtes d’inversion sociale héritées des Saturnales romaines : le hasard pouvait, le temps d’une journée, bouleverser l’ordre établi. En Lorraine, cette pratique avait aussi une dimension communautaire, renforçant la cohésion du groupe au cœur de l’hiver.
🌱 La fève, graine de renouveau dans une région agricole
Dans les Vosges comme dans la plaine lorraine, la fève n’était pas qu’un objet symbolique : c’était une plante cultivée, associée à l’alimentation paysanne et à la fertilité des sols. Cacher une fève dans le gâteau revenait à dissimuler une graine de vie dans la pâte, image de la semence enfouie sous la terre en hiver.
Ce geste fait écho aux croyances agraires anciennes selon lesquelles le sort des récoltes dépendait du respect des rites hivernaux. La personne qui trouvait la fève pouvait être investie d’un rôle protecteur ou bénéfique pour l’année à venir.
🌲 Forêts, astres et savoirs anciens
Les Vosges, territoire de forêts profondes et de crêtes dégagées, ont longtemps conservé des traditions liées à l’observation de la nature et du ciel. Les figures des rois mages, guidés par une étoile, entrent en résonance avec les anciens savoirs populaires lorrains, mêlant astronomie empirique, calendrier agricole et croyances météorologiques.
Jusqu’au XIXᵉ siècle, on observait encore les signes du ciel et du temps durant les Douze Jours pour prédire la météo de l’année à venir, une pratique attestée dans plusieurs régions de Lorraine.
✨ Une christianisation sans rupture
L’Épiphanie chrétienne ne s’est pas imposée en rupture avec ces traditions, mais par superposition. Elle a offert un nouveau récit – la manifestation du Christ au monde – à des pratiques plus anciennes liées au Soleil, au cycle des saisons, à la fécondité et à la protection du foyer.
Ainsi, dans les Vosges et en Lorraine, la galette des rois demeure le témoignage vivant d’un patrimoine immatériel, où se mêlent héritages païens, traditions rurales et culture chrétienne.
roger froissard
Voici une **version plus académique**, au ton scientifique et historien, intégrant des **références reconnues en ethnologie, histoire des religions et folklore lorrain et vosgien**.
L’Épiphanie : héritages païens et traditions populaires en Lorraine et dans les Vosges
Approche historique et ethnologique
1. Le 6 janvier dans les calendriers antiques
Le terme *Épiphanie* dérive du grec ancien , signifiant « apparition » ou « manifestation » divine. Dans l’Antiquité, ce mot désignait déjà la manifestation visible d’une divinité ou d’un ordre cosmique renouvelé. Plusieurs auteurs antiques attestent de fêtes hivernales liées à la renaissance solaire autour du solstice d’hiver et dans les jours qui suivent (*Le Rameau d’or*).
Dans l’Égypte gréco-romaine, le 6 janvier était associé à des rites de renaissance du Soleil et de l’eau, éléments vitaux du cycle agricole du Nil . Dans le monde hellénistique, cette date était parfois liée à des célébrations dionysiaques, associant eau, vin et régénération symbolique
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2. Saturnales, inversion sociale et royauté éphémère
À Rome, les **Saturnales**, célébrées autour du solstice d’hiver, donnaient lieu à une inversion temporaire de l’ordre social : les esclaves pouvaient devenir maîtres pour un jour, (roi des Saturnales) était élu par le sort . Cette figure du roi éphémère, désigné de manière aléatoire, constitue un archétype des rites hivernaux européens.
Les ethnologues voient dans la coutume médiévale puis moderne de la **fève cachée dans un gâteau** une survivance de ces pratiques antiques La désignation d’un roi ou d’une reine par le hasard visait à symboliser le renouveau du cycle annuel et la restauration de l’ordre après la période hivernale.
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3. Christianisation et superposition des rites
À partir du IVᵉ siècle, l’Église chrétienne a progressivement intégré ces traditions en leur donnant une lecture théologique nouvelle. L’Épiphanie est alors interprétée comme la manifestation du Christ aux nations, incarnée par la venue des mages. Ces derniers, décrits comme des savants orientaux observant les astres, font écho aux prêtres-astrologues des cultes antiques, notamment dans le mithraïsme, très présent dans les provinces romaines (, *Les Mystères de Mithra*).
Cette stratégie de superposition rituelle, bien documentée par l’historiographie, permettait une continuité culturelle sans rupture brutale avec les pratiques populaires (Delumeau, *Le Catholicisme entre Luther et Voltaire*).
4. Lorraine et Vosges : un ancrage rural et agraire
En Lorraine et dans les Vosges, régions longtemps structurées par une économie agro-pastorale et forestière, l’Épiphanie s’inscrit dans un cycle hivernal de fêtes débutant à la Saint-Nicolas. Les travaux d’ethnologie régionale montrent que les **Douze Jours** entre Noël et l’Épiphanie étaient perçus comme une période liminale, hors du temps ordinaire (Berlioz, *Traditions populaires de Lorraine*).
Les usages domestiques — partage rituel du gâteau, rôle attribué aux enfants dans la distribution des parts, observation des signes météorologiques — participaient à la cohésion sociale et à une lecture symbolique de l’année à venir.
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5. La fève : symbole agraire et fécondité
La fève, au sens botanique, occupait une place importante dans l’alimentation paysanne lorraine. Dans les rites populaires, la graine dissimulée dans la galette renvoie à la **semence enfouie dans la terre en hiver**, image centrale des croyances agraires européennes (Eliade, *Traité d’histoire des religions*).
Trouver la fève pouvait conférer à son détenteur un statut symbolique particulier, parfois interprété comme bénéfique ou protecteur pour la communauté, dans une logique de magie sympathique.
6.- Permanences et patrimoine immatériel
Loin d’être une simple fête chrétienne, l’Épiphanie apparaît ainsi comme un **palimpseste culturel**, où se superposent strates païennes, antiques, médiévales et chrétiennes. En Lorraine et dans les Vosges, la persistance de la galette des rois témoigne de la vitalité d’un patrimoine immatériel enraciné dans l’observation des cycles naturels, du Soleil et des saisons.
– Références bibliographiques (sélection)
* **Frazer, J. G.**, *Le Rameau d’or*, Paris, Robert Laffont
* **Cumont, F.**, *Les Mystères de Mithra*, Bruxelles
* **Macrobius**, *Saturnales*
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