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samedi 30 mai

Grand Tétras dans les Vosges : la troisième campagne confirme le fiasco

Communiqué

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Alors que le massif vosgien subit déjà les effets visibles du changement climatique et d’une pression humaine croissante, le Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, sourd aux avis compétents, persiste à importer des Grands Tétras venus de Norvège pour les relâcher dans un territoire dont les conditions d’accueil restent profondément dégradées.

Le communiqué publié par le Parc sur la troisième opération de translocation confirme ce que nous dénonçons depuis le début : cette opération n’est pas un renforcement de population, mais une fuite en avant vers la catastrophe

Selon les propres chiffres du Parc, 23 Grands Tétras ont été capturés en Norvège. Sur ces 23 oiseaux, 17 seulement ont été relâchés dans les Vosges. Quatre coqs sont morts en Norvège à la suite de la capture. Un autre a été équipé d’un GPS et relâché sur place à la demande des autorités norvégiennes. Un dernier, blessé puis soigné après sa capture, a également été remis en liberté.

Cela signifie que 17,4 % des oiseaux capturés sont morts dès la phase de capture. Le PNRBV présente cela comme une simple «difficulté» que connaissent tous les programmes similaires , ce qui est indécent. Ces oiseaux n’étaient pas des unités statistiques interchangeables. Ils ont été capturés en pleine période de reproduction. Chaque oiseau mort à ce moment-là, c’est un reproducteur en moins, une reproduction impossible, une perte directe pour l’espèce que l’on prétend défendre.

le PNRBV tente de faire passer cette mortalité pour un aléa technique, alors qu’elle constitue au contraire un signal d’alerte majeur. Que dirait-on si un programme français de capture d’oiseaux sauvages protégés acceptait un tel niveau de “casse” comme une normalité ? À partir de quel seuil cessera-t-on de parler d’expérimentation pour nommer enfin l’acharnement ?

Autre aveu d’échec : le nombre d’oiseaux effectivement relâchés reste très éloigné des ambitions affichées dans les documents initiaux du projet. Le dossier prévoyait une montée en puissance vers des captures beaucoup plus importantes, avec un objectif de 50 oiseaux par an pendant cinq ans et un sex-ratio aussi équilibré que possible. Autre aveu d’échec : le sex-ratio de cette opération. Le Parc annonce 17 oiseaux relâchés, dont 13 coqs pour seulement 4 poules. Pour une opération censée restaurer une population, c’est un choix pour le moins stupéfiant.

Les programmes comparables menés ailleurs en Europe ont, eux, suivi une logique exactement inverse : en Basse-Lusace, de 2012 à 2022, 442 oiseaux ont été transloqués, dont environ 90 % de femelles ; en Thuringe, entre 2017 et 2022, 53 oiseaux, soit 100 % de femelles ; en Pologne, de 2014 à 2019, 121 oiseaux, dont 97,5 % de femelles. Partout, ou presque, les porteurs de projet ont compris une évidence biologique assez élémentaire : pour espérer une reproduction, il faut d’abord des femelles.

Le PNRBV, assisté de ses “spécialistes”, a donc choisi de faire quasiment l’inverse. À croire que, dans les Vosges, certains imaginent encore que ce sont les coqs qui pondent. La formule prêterait à sourire si elle ne concernait pas des oiseaux sauvages capturés, stressés, déplacés, parfois morts, et une opération financée par l’argent public.

Une opération de réintroduction ne se juge pas seulement au nombre d’oiseaux lâchés, mais à sa capacité réelle à produire une dynamique de reproduction. Avec un tel déséquilibre, la prétention scientifique du programme devient de plus en plus fragile, et sa dimension de communication de plus en plus évidente.

Plus grave encore : tout indique que ces oiseaux ont été concentrés sur le même secteur d’introduction. Le Parc évoque lui-même “le secteur d’introduction”, au singulier. Or relâcher de nouveaux Grands Tétras sur un secteur où les échecs précédents sont manifestes relève d’une logique difficilement compréhensible. Si, comme le Parc le répète désormais, la prédation serait un facteur déterminant des échecs passés, pourquoi continuer à relâcher de nouveaux oiseaux au même endroit ? Dans la logique même du Parc, cela revient à nourrir le piège qu’il prétend dénoncer.

Le communiqué entretient par ailleurs une confusion préoccupante lorsqu’il affirme que les 17 oiseaux relâchés rejoindraient “3 à 5 individus présents”, dont “2 à 3 autochtones”. Mais ces chiffres sont donnés sans localisation précise. S’agit-il du secteur de relâcher ? De l’ensemble du massif ? D’individus réellement identifiés et suivis ? D’estimations anciennes ? Là encore, le flou sert de brume commode. Il permet de donner l’impression d’une population relictuelle encore structurée, alors que l’état réel de la population vosgienne est celui d’un effondrement quasi total.

Après deux campagnes déjà catastrophiques, cette troisième opération ne redresse rien. Elle confirme l’impasse. Malgré une présence prolongée en Norvège, malgré une équipe considérablement étoffée, malgré les experts, les vétérinaires, les partenaires et les bénévoles mobilisés, le résultat reste accablant : peu d’oiseaux relâchés, une mortalité importante dès la capture, un sex-ratio défavorable, une concentration sur un secteur déjà marqué par les échecs, et toujours aucune réponse sérieuse aux causes profondes de la disparition du Grand Tétras dans les Vosges.

Le Grand Tétras ne reviendra pas par communiqué de presse. Il ne reviendra pas par GPS, par capture répétée, par déplacement d’oiseaux sauvages, ni par une mise en scène institutionnelle de plus en plus coûteuse. Il ne pourra revenir peut-être que si les causes réelles de son effondrement sont traitées : dérangement massif, fragmentation des habitats, pression touristique, déséquilibres forêt-gibier, insuffisance des zones de quiétude, artificialisation croissante de la montagne.

Or, sur ces sujets essentiels, le Parc reste dramatiquement en dessous des exigences. Il préfère déplacer des oiseaux plutôt que déplacer les lignes. Il préfère organiser une opération spectaculaire plutôt que mener la restauration écologique patiente, contraignante, parfois impopulaire, mais indispensable.

À ce coût écologique s’ajoute le coût financier. Cette opération mobilise des moyens considérables dans un contexte de crise budgétaire, alors même que ses chances de réussite apparaissent chaque année plus faibles. Combien de temps faudra-t-il encore financer une mécanique d’échec au lieu de consacrer l’argent public à la restauration réelle des milieux, à la quiétude effective, à la réduction des pressions humaines à la préservation des espèces encore viables et à la protection globale du massif ?

Il est temps de regarder la réalité en face : le Parc naturel régional des Ballons des Vosges n’est pas en train de sauver le Grand Tétras. Il entretient une opération de communication devenue son principal objectif.

Poursuivre ce programme ne relèverait plus de la science, mais de l’obstination administrative. On ne sauve pas une espèce en répétant les conditions de son échec. On ne restaure pas le vivant avec des captures à répétition, des balises GPS et des communiqués qui déguisent chaque échec en étape de progrès. Et l’on ne transforme pas un fiasco écologique en réussite parce qu’on a trouvé comment mieux le raconter.

Nous demandons l’arrêt immédiat du programme de translocation du Grand Tétras dans le massif vosgien, la publication intégrale des bilans scientifiques, sanitaires et financiers, et l’ouverture d’un vrai débat public sur les responsabilités du Parc dans l’état actuel du massif.

On ne sauvera pas le Grand Tétras en important des oiseaux du froid en nos contrées au climat et aux températures de plus en plus inadéquates, dans une montagne livrée au bruit, à la surfréquentation et aux faux-semblants.
On ne répare pas un écosystème avec des communiqués.
On ne sauvera pas le Grand Tétras en capturant toujours plus d’oiseaux, mais en ayant enfin le courage de restaurer et protéger la montagne dont il avait besoin pour vivre, dont de nombreuses espèces ont besoin pour vivre.

 

Le 28/05/2026
SOS Massif des Vosges, Vosges Nature Environnement, Oiseaux Nature, Avenir et Patrimoine 88, Paysage Nature et Patrimoine de la Montagne Vosgienne, Biodiversit’Haies 88..

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