Du bruit sur les crêtes ?
« Pendant 12 mois en 2024 et 2025, des capteurs acoustiques ont été posés sur 3 stations entre le col de la Schlucht et le col du Calvaire, au sein de la réserve naturelle nationale Tanet – Gazon du Faing.
Le résultat de ces mesures a été présenté à la Maison des associations de La Bresse samedi 25 avril. Cette restitution publique s’est faite à trois voix par Mathieu Crétet (salarié de l’association Mountain Wilderness), Cyril Gérard (Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine et conservateur de la Réserve en question), et par Clément Cornec, chercheur en bioacoustique et cofondateur de l’entreprise « BioPhonia » en charge de l’analyse des 2 796 heures d’enregistrement collectées.
Tous les élus des communes que traverse la route des crêtes étaient invités, ainsi que les différentes collectivités concernées (conseil départemental des Vosges, communauté européenne d’Alsace, parc naturel régional des Ballons des Vosges, communautés de communes) et quelques acteurs clés (collectif H.A.N.S.I., association des fermes-auberges, clubs alpins, …).
Trois élus étaient finalement présents à la restitution : M. Pierre Mengin – maire de La Bresse, M. Gérard Clément – maire de Tendon, et M. Jérôme Mathieu – président de la chambre d’agriculture du Grand Est, présent en sa qualité de vice-président du conseil départemental des Vosges.
Cette conférence très documentée sur le plan scientifique, et très bien présentée, a passionné tout le monde.
En effet, elle a permis de comprendre :
– comment sont faites les mesures,
– comment elles sont interprétées (par un modèle développé par BioPhonia dont les réponses sont ensuite vérifiées par des spécialistes (ornithologues par exemple)). ,
– comment elles permettent de repérer des espèces animales présentes sur les sites, leur nombre, leur temps de présence, etc.,
– comment les bruits d’origine humaine (motos, voitures, avions,…) sont mesurés. La pollution sonore est ainsi caractérisée, et on connait son intensité, sa durée, sa fréquence.
– Enfin comment les bruits d’origine humaine interfèrent avec les espèces et les humains, au point d’être la deuxième cause d’impact négatif sur notre santé selon l’OMS, et d’impacter négativement celle des animaux à toutes les étapes de leur cycle de vie.
On ne peut que remercier les conférenciers pour la clarté de leurs explications, et pour la convivialité du débat qu’ils ont initié ensuite. Parmi les résultats clés de cette étude, on peut citer les chiffres suivants :
– 67 espèces d’oiseaux détectées sur la durée de l’étude, soit une grande richesse qui s’est avérée être particulièrement marquée dans la zone de quiétude de la Réserve ;
– 22 % du temps perturbé par le trafic routier au niveau de la station en bord de route, avec un pic du mois d’août avec un paysage sonore pollué 33 % du temps (plus d’un évènement de pollution sonore par minute) ;
– Un lien préoccupant entre bruit et biodiversité, car les communications entre oiseaux sont masquées par le bruit routier ;
– Une pollution sonore présente y compris avant l’ouverture de la route, faute de fermeture physique adéquate ;
– Une forte présence du trafic aérien : seconde source de perturbation pour toute la réserve.
Ainsi, les résultats confirment le sentiment selon lequel il y a beaucoup, beaucoup de bruit dû aux engins motorisés sur la route des Crêtes ! L’étude va plus loin en explicitant l’impact défavorable de ces nuisances sur la vie au sein de la Réserve. Il y a en effet beaucoup de dérangement pour la faune sauvage, mais aussi pour tous les humains qui viennent en montagne pour se reposer et chercher le calme dont on a besoin pour se ressourcer, pour retrouver le contact avec la nature, contact vital pour notre équilibre et dont on prend de plus en plus conscience.
Le débat a donc naturellement débouché sur la recherche de solutions pour limiter ce bruit :
– limitation de la vitesse de 70 à 50 ;
– ouverture plus tardive de la route des crêtes au printemps pour respecter la période de nidification et ne plus porter atteinte à la reproduction ;
– augmentation de la fréquence des navettes et diminution du prix ;
– expérimenter certains jours la fermeture des tronçons les plus fréquentés (par exemple entre la Schlucht et le Gazon du Faing, ou entre la Schlucht et le haut de la route des Américains), bien sûr en laissant l’accès aux autobus pour les fermes-auberges, à la navette, aux voitures pour PMR et aux véhicules non motorisés.
Ainsi combien de Vosgiens qui ne veulent plus aller sur les crêtes en période touristique seraient à nouveau heureux de venir dans les fermes-auberges, l’appétit ouvert par les km à pied ou à vélo ??
Mais avant tout il faut intégrer les chiffres de la disparition des espèces animales : plus de 70 espèces d’oiseaux sont désormais inscrites sur la liste rouge régionale des espèces menacées d’extinction, et 82 % des insectes ont disparu (source : Stratégie régionale pour la biodiversité du Grand Est). La perte de biodiversité est un phénomène qui s’accélère et peu de personnes ont conscience de la gravité de cette catastrophe et des conséquences qu’elle a déjà (par exemple risque d’effondrement de la chaîne alimentaire).
Cette conférence est à reproduire dans les Vosges, en particulier à Gérardmer :
– pour informer ;
– pour faire comprendre à quel point élus et citoyens doivent entendre les données scientifiques et agir (par exemple en travaillant avec, ou en adhérant à, des associations comme Mountain Wilderness, Vosges Nature Environnement ou Oiseaux Nature) ;
– pour sauver nos espèces de montagne, qui nous émerveillent encore et font la richesse de notre massif.
« S’émerveiller, partager, protéger et agir pour concilier montagne à vivre et montagne sauvage » est la raison d’être, depuis 40 ans, de Mountain Wilderness ! »





12 commentaires
Vervisch Xavier
Très bon compte-rendu de cette rencontre, bien documentée, maintenant aux décideurs d’agir, cela n’est pas le plus simple..
Schmit
Pour ne parlez que des motos, je suis étonnée que dans les solutions proposées, vous ne parliez pas de la pollution sonore limite du supportable qu’elles génèrent, qui bien souvent est due aux motards qui bidouillent les chicanes du pot d’échappement de leur engin. Ce serait à mon sens, pourtant la première solution à proposer…
Beaucoup de motards aiment faire du bruit synonyme de puissance ou pour être vus peut-être? ou parce qu’ils ont restés des ados attardés?
Beaucoup n’en ont que faire de la pollution sonore qu’il génèrent…. Pourtant eux-mêmes en souffrent puisqu’ils mettent des bouchons d’oreilles quand ils font de longues distances..
C’est bien dommage qu’ils ne prennent pas conscience du bien du savoir vivre ensemble.
Pourtant existent des motards qui s’en soucient et qui roulent avec des motos (presque) silencieuses et c’est tellement plus agréable pour tout le monde et pour la faune.
Malheureusement, ils sont minoritaires. Il faut les remercier de leur prise de conscience et les inciter à convaincre les autres motards de changer de comportement!
Tout le monde sait qu’en Allemagne, beaucoup de régions interdisent aux motos de rouler si leur moteur dépassent les 90 décibels. La France devrait s’en inspirer..
CDRK
Merci pour toutes ces informations.
Nous sommes nombreux a délaisser les crêtes à cause du bruit incessant des véhicules motorisés, les mesures proposées permettront peut être à tous de cohabiter plus paisiblement.
Wagner
Bravo pour cette étude sur le bruit et merci aux différentes personnes qui y ont contribué. J’ai fais partie de ces motards qui faisaient la route des crêtes, il y a quarante ans, et j’ai aussi fais partie de ces randonneurs qui ont fréquenté ce merveilleux massif vosgien. 40 ans, c’est rien, mais j’ai bien vu le changement du nombre de véhicules tout confondu, je suis bien d’accord pour que les choses changent et que ce patrimoine régional garde ses lettres de noblesse.
Mathis
Vivement la mise en place de ces mesures visant à limiter ses nuisances sonores.. mais pour l’instant, on observe plutôt le contraire, avec la route des crêtes qui est ouverte de plus en plus tôt..
beinvoyons
Encore des réflexions inutiles, par des gens inutiles (Tendon semble certainement très impacté par la circulation sur la route des crêtes !).
Qui va encore payer ces illustres olibrius qui nous serinent avec leurs stats ?
Aucunes solutions, sinon des constats d’évidences que nous connaissions déjà.
Technocrates, … touristes, … restez chez vous, … et la nature s’en portera d’autant mieux !
–
PS. Et adieu fermes auberges, qui n’en sont plus ! Continuez à faire vos désormais ”business” avec ces mêmes personnes indésirables, … car il y a quelques années que nous ne fréquentons, … ou n’osons même plus conseiller vos gargottes.
NATURELLEMENT
Belle étude intéressante !
il manque cependant un point important: bien entendu, les animaux sont victimes de bruit, mais il manque une espèce impactée : l’homme.
un autre point manque dans les solutions: avoir un contrôle strict, mais très strict de la conformité des motos, et en particulier du bruit émis. Il ne faut pas jeter la pierre aux motos, mais sans doute interdire les motos non conformes, tout simplement avec des sanctions financières dissuasives.
Ajoutons que les allemands interdisent l’accès de certaines routes de montagne aux motos, ce n’est pas pour rien.
Gardons la nature, ensemble, préservons là, pour notre plus grand bien.
Daniel Rouzier
Beau travail et excellent compte-rendu ! Merci à tous les contributeurs.
Évocation pertinente par » Schmit » et « Naturellement » de la nécessité du contrôle du niveau des émissions sonores des motos.
Avec mes félicitations et mes plus vifs encouragements.
Entendre oui mais agir
Après ces résultats surtout ne pas les mettre dans un tiroir mais réagir rapidement. Action, action. Sinon perte de temps, réunion inutile comme cela arrive trop souvent. Espérons. Ne pas encore « punir » ceux qui n’y peuvent rien !
Marie
Tout à fait d’accord avec les commentaires ci dessus, la route des Crêtes est un circuit avec des fous furieux qui se font des rallyes dès la sortie des villages dans un bruit assourdissant, jour et nuit, sans parler des dangers qu’il font encourir à tous les usagers en faisant des pointes à des vitesses hallucinantes dans les lignes droites où il y a encore des habitations, dont la mienne ! Riveraine de la route à Uffholtz (et native de notre belle région) je n’ai qu’une hâte, fuir de là alors que cela pourrait être un paradis car malgré les collectifs (HAnSi, sos massif des Vosges) et les études successives, rien de change !
Quant à la faune, je ne peux qu’imaginer combien elle doit en pâtir ! Assez !!
Emilie
Bravo pour cette étude !
Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour qu »on régule la circulation de motards imbéciles (et criminels) qui mettent en danger ce super écosysteme que sont les Vosges ?
Comment se fait-il que les motards puissent empêcher des centaines de milliers de personnes respecteuses de l’environnement de profiter de ce lieu ou l’on devrait pouvoir tranquillement se détendre ?
Prtmac
La mesure apparemment la plus facile à mettre en œuvre est l’ouverture de la route des crêtes vers le 10 mai.
Elle montrerait une volonté de changement