L’association Ordonnances Vertes Vosges vient de voir le jour à l’occasion de son assemblée générale constitutive. Portée par des professionnels de santé, des producteurs, des élus et des citoyens, elle souhaite développer dans le département un dispositif de prévention destiné aux femmes enceintes. L’objectif est de limiter leur exposition aux perturbateurs endocriniens grâce à des ateliers de sensibilisation et à la distribution gratuite de légumes biologiques.
La prévention sanitaire prend une nouvelle dimension dans les Vosges avec la création de l’association Ordonnances Vertes Vosges (O2V). Cette structure entend accompagner le déploiement d’un programme déjà expérimenté dans plusieurs villes françaises, dont Strasbourg, où il a été lancé en 2022 à l’initiative du docteur Alexandre Feltz.
Le principe repose sur une démarche simple : permettre aux futures mamans de mieux connaître les substances susceptibles de perturber le fonctionnement hormonal et de réduire leur exposition pendant la grossesse, une période particulièrement sensible pour le développement de l’enfant.
Des paniers de légumes bio gratuits pour les femmes enceintes
Concrètement, le dispositif des Ordonnances Vertes prévoit qu’un professionnel de santé puisse prescrire une ordonnance dès le début de la grossesse.
Les bénéficiaires peuvent alors accéder gratuitement à deux ateliers consacrés aux perturbateurs endocriniens et à l’alimentation, ainsi qu’à un panier hebdomadaire de légumes issus de l’agriculture biologique.
Cette initiative poursuit un double objectif : favoriser une alimentation moins exposée aux résidus de pesticides et donner aux familles des conseils pratiques pour limiter la présence de certaines substances chimiques dans leur environnement quotidien.
Les perturbateurs endocriniens peuvent notamment se retrouver dans certains emballages alimentaires, cosmétiques, produits ménagers, textiles ou ustensiles de cuisine. Selon les substances et les niveaux d’exposition, ils sont associés à différents risques pour la santé, notamment en matière de reproduction, de développement et de métabolisme.
Un projet né d’une mobilisation citoyenne en 2025
Dans les Vosges, cette démarche trouve son origine en janvier 2025. À cette période, les membres du Forum bio, un collectif citoyen initié par le Groupement des agriculteurs biologiques des Vosges (GAB88), décident de travailler à l’implantation du dispositif dans le département.
Le projet, initialement baptisé OV88, rassemble progressivement des professionnels de santé, des agriculteurs, des associations et des habitants.
Dès le mois de mars 2025, une quinzaine de participants bénéficient d’une première sensibilisation aux perturbateurs endocriniens, animée par le docteur Jean Tisserand.
Plusieurs conférences organisées par Marie-Claire Mougel, sage-femme, ainsi que par les docteurs Étienne Géhin et André Krier contribuent ensuite à faire connaître cette initiative et à mobiliser de nouveaux partenaires.
Des institutions, notamment l’Agence régionale de santé (ARS), la DREETS, ainsi que des collectivités et des élus locaux, ont également manifesté leur intérêt pour le projet, avec des accompagnements techniques et financiers.
Le docteur Géhin engagé dans cette démarche de prévention
Médecin généraliste aujourd’hui retraité, le docteur Étienne Géhin figure parmi les professionnels mobilisés pour faire avancer ce projet dans les Vosges.
Au cours de sa carrière, il explique avoir constaté une augmentation de certains troubles et maladies, notamment chez les jeunes enfants. Une évolution qui a renforcé son intérêt pour les questions de santé environnementale.
Informé de l’expérience strasbourgeoise par l’association Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP), il souhaite désormais que les femmes enceintes vosgiennes puissent bénéficier d’un accompagnement similaire.
Pour lui, la prévention doit occuper une place essentielle dans les politiques de santé, particulièrement lorsqu’il s’agit de protéger les enfants dès leur développement avant la naissance.
Une association réunissant plusieurs acteurs du territoire
L’assemblée générale constitutive marque une nouvelle étape dans la structuration du projet.
L’association Ordonnances Vertes Vosges repose sur quatre collèges représentant les professionnels de santé publique, les producteurs, les associations et citoyens, ainsi que les élus et collectivités.
La gouvernance prévoit six voix pour le collège Santé publique et deux voix pour chacun des trois autres collèges. La présidence doit être issue du collège Santé publique.
Cette organisation vise à associer les compétences médicales, agricoles et citoyennes au développement du dispositif, tout en favorisant sa mise en œuvre dans différentes communes du département.
Vers un accès aux Ordonnances Vertes pour toutes les futures mamans
La création de l’association vosgienne s’inscrit également dans une dynamique nationale. Le 19 octobre 2026, cinq organisations ont lancé le Réseau Ordonnances Vertes, sous l’impulsion de l’AMLP.
Ce réseau souhaite accélérer le développement du dispositif en France et encourager son intégration aux politiques publiques de prévention.
Une attention particulière doit être accordée aux femmes en situation de précarité, pour lesquelles l’accès à une alimentation biologique peut représenter une difficulté financière.
Dans les Vosges, l’association O2V entend désormais poursuivre la mobilisation des professionnels de santé, des producteurs et des collectivités afin de permettre, à terme, aux femmes enceintes du département de bénéficier de ce programme.
Au-delà de la distribution de légumes biologiques, l’ambition est de faire de la prévention des risques environnementaux un véritable enjeu de santé publique, dès les premiers mois de la vie.





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