Les fouilles, initiées en 2022 à proximité directe de la basilique et de sa célèbre mosaïque à Grand, avaient pour objectif de localiser précisément les vestiges explorés dans les années 1960 et d’en reprendre l’étude. La campagne de fouille 2026 s’attache à étudier le contexte du petit bâtiment mis en évidence afin de tenter de déterminer sa fonction à partir des différentes interprétations possibles : atelier de fabrication de dés à jouer, sanctuaire, espace dédié aux jeux placé sous la protection d’une divinité (…). S’il est difficile actuellement de privilégier l’une de ces hypothèses, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit, pour l’Antiquité, de la plus importante collection de dés à jouer jamais découverte.
Ces fouilles sont organisées par le Conseil départemental des Vosges avec le soutien financier du ministère de la Culture (DRAC Grand Est). Elles sont dirigées par Thierry Dechezleprêtre, conservateur en chef, en charge des collections de la Gaule romaine au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain en Laye. Une quinzaine d’étudiants en archéologie issus de plusieurs universités françaises est présente sur le site pour mener ces fouilles.
Le chantier, situé à côté de la basilique, est accessible jusqu’au 30 juillet, du lundi au vendredi.
Dans un premier temps, l’ensemble du bâtiment qui bordait une voie orientée est-ouest, a été dégagé. En 2023 et 2024, l’élargissement de l’aire de fouille a permis de mettre en évidence une petite construction d’environ 4,50 m de long et 3,80 m de large. Implantée dans l’axe de la voie et s’ouvrant vers l’est, elle était dotée de murs ornés de peintures murales rouges reposant sur une plinthe jaune.
Les vestiges d’une conduite d’eau menant à un bassin
Au nord de ce bâtiment, la conduite hydraulique mise au jour prend la forme d’une petite tranchée linéaire, repérée sur environ 20 m. Les deux frettes en fer encore en place correspondent à celles utilisées dans l’Antiquité pour relier entre eux des tuyaux en bois. À son extrémité, la fosse quadrangulaire mise en évidence a pu accueillir un bassin en bois dont la fouille sera poursuivie durant cette campagne de fouille.
Parmi le mobilier découvert dans le comblement figurent de nombreux fragments d’aiguilles ainsi que des dés, des céramiques et des ossements d’animaux.
Une concentration exceptionnelle de dés à jouer
Les sols présents autour du petit bâtiment ont livré une étonnante concentration d’objets qui se caractérisent par leur diversité : clous de chaussure, fragments de vaisselle, vestiges osseux, objets de parure (fibules), monnaies frappées en bronze, ainsi que des aiguilles à chas et au moins 500 dés à jouer en os. La présence de trois exemplaires dans les fondations suggère un lien fort avec le bâtiment dont la fonction demeure cependant énigmatique.
Les numéros sont reportés grâce à des ocelles, un double cercle gravé à l’aide d’un fin touret métallique. Pour accroître leur visibilité, cette gravure pouvait être comblée par un mélange de cire et de charbon. L’organisation des chiffres reprend systématiquement le même modèle, dénommé type Sevens : la somme des faces opposées doit toujours être égale à sept.
La fonction du dé dans le monde romain
Dans l’Empire romain, les jeux de plateau, et en particulier ceux qui utilisent des dés, sont pratiqués par toutes les couches sociales. Les dés à jouer se rencontrent dans les contextes les plus divers, aussi bien dans les bâtiments publics, notamment les amphithéâtres, que dans les habitats. Quelques exemplaires sont connus dans les camps légionnaires. Le jeu de dés est également associé aux arts divinatoires qui occupent une place importante dans le monde antique. Avec les osselets, les dés font partie des moyens utilisés pour connaître son destin.



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